MONUMENT DE LAVIOLETTE APRÈS LE FEU DE 1908

Représentée au cœur des ruines laissées par le terrible incendie du centre-ville de Trois-Rivières survenu le 22 juin 1908, la statue de Laviolette est noircie de fumée sur son piédestal.

Cette statue, qui avait six pieds et demi de hauteur, sans compter son socle, avait été commandée par un comité de citoyens de Trois-Rivières auprès de l’artiste sculpteur Louis-Philippe Hébert afin qu’elle puisse être prête pour les célébrations du 250e anniversaire de la ville en 1884. Réalisée à partir d’un matériau poreux, une sorte de béton, elle a du mal à traverser les intempéries. Plusieurs fois réparée, elle a fait l’objet d’une longue saga juridique par Hébert, qui réclamait des montants dus par la Ville de Trois-Rivières. La Ville conclut finalement de payer. À l’automne de 1919, la statue est irrémédiablement détruite, « pulvérisée sous le pic sacrilège du démolisseur », comme le relate l’avocat Joseph Barnard dans Le Bien public du 23 octobre. L’année suivante, le lieu est occupé par le monument aux Braves de la Guerre 1914-1918.

Il n’y a aucun doute que ce dessin au fusain, exécuté par Rodolphe Duguay en 1928, a été réalisé à partir d’une photographie, d’une carte postale ou à partir de son imagination. D’ailleurs, les éléments architecturaux aux alentours de la statue ne semblent pas tout à fait conformes à la réalité.

Rodolphe Duguay (1891-1973) est natif de Nicolet. Il étudie à l’école des frères puis au Séminaire de Nicolet, au Québec. Dès septembre 1908, il part pour Montréal. Il y suit des cours de beaux-arts. Il rencontre le peintre Marc Aurèle de Foy Suzor-Côté, pour lequel il réalise une quarantaine d’œuvres que Suzor-Côté va signer.

Duguay s’embarque ensuite pour l’Europe en septembre 1920. Il tient un journal dans lequel il consigne à grands traits la plupart des éléments de son périple artistique et touristique en Europe. Avec son ami Octave Bélanger, artiste inscrit à la même Académie, il s’amuse à capter bon nombre de paysages. En 1924, Duguay se voit attribuer la première bourse offerte à un artiste-peintre par le gouvernement du Québec.

Revenu au Canada en juin 1927, Duguay demande à son père de lui construire un atelier attenant à la maison familiale de Nicolet; il l’imagine tel que celui qu’il a connu à Paris. Ce lieu va prendre le nom d’Ermitage.

Rodolphe Duguay a un bon ami à Montréal, Armand L’Archevêque. Ce dernier épouse d’ailleurs la sœur de Duguay. Duguay fait ainsi la connaissance de la sœur d’Armand, Jeanne, de dix ans sa cadette. Elle est jolie et instruite; elle est pianiste et l’une des premières bachelières en philosophie de l’Université Laval de Montréal, comme elle s’appelait à cette époque. Elle écrit aussi dans les journaux, mais elle pense d’abord à devenir religieuse. Elle se ravise, étant profondément amoureuse de Rodolphe et l’épouse. Ils auront six enfants dont plusieurs hériteront des talents artistiques de leurs parents.

Il va toujours rester fidèle à ses croyances et tenir quelques expositions importantes à Montréal et à Trois-Rivières. Mgr Albert Tessier l’a beaucoup encouragé et lui a commandé plusieurs œuvres dont celle-ci.

Duguay a reçu l’Ordre du Canada en 1973 quelques mois avant son décès.

Le Musée Pierre-Boucher a donné à l’une de ses salles d’exposition le nom de cet artiste pour lui rendre hommage.

Don de Mgr Albert Tessier
Collection Musée Pierre-Boucher
1977 24 D